Nicolas Haaf
Membre du conseil consultatif

Je veux montrer aux personnes touchées qu’elles ne sont pas seules

Les violences sexuelles se produisent de plus en plus souvent en ligne. Le cybergrooming consiste à contacter de manière ciblée des mineurs à des fins sexuelles. Jasmin Scholl raconte ici comment elle s’en est sortie et ce qu’elle souhaite transmettre aux

À propos de Jasmin Scholl
Jasmin Scholl a 25 ans et a écrit un livre sur son expérience. Elle s’engage beaucoup pour le sujet, donne des conférences et s’engage entre autres dans les médias sociaux pour les personnes touchées.

Jasmin, tu as été victime de violences sexuelles dans ton enfance et tu te considères comme une survivante. Comment as-tu grandi ?

À l’âge de 11 ans, j’ai été poussée dans la prostitution enfantine et ce n’est qu’au début de la vingtaine que j’ai réussi à m’en sortir. Quand j’ai essayé d’obtenir de l’aide, les auteurs de violence m’en ont empêchée à chaque fois. Ma relation avec ma mère était très difficile. Par exemple, si j’arrivais cinq minutes en retard de l’école, elle fermait la porte de la cuisine et refusait de me donner à manger. Elle me disait toujours que je ne valais rien. Avec le temps, j’ai accepté ce sentiment et j’ai traversé la vie avec. Rétrospectivement, je dirais que ma mère a transposé sa propre histoire sur moi. Elle était très accablée par sa vie. Et elle voulait éviter que notre famille ne se fasse remarquer. C’est pour ça que je devais toujours rester dans ma chambre.

En tant qu’adolescente, tu t’inscris sur plusieurs plates-formes et tu es contactée par des hommes plus âgés qui te rencontrent aussi. Comment cela s’est-il passé ?

À l’école, j’avais une amie qui portait toujours les derniers vêtements à la mode. Moi, par contre, je n’ai jamais eu de vrai manteau d’hiver. J’avais tout le temps froid et j’avais aussi souvent faim et soif. J’ai donc demandé à mon amie comment elle faisait pour trouver ses vêtements. Elle m’a dit qu’elle rencontrait des hommes et qu’elle recevait de l’argent en échange. Cela a éveillé ma curiosité. Je me suis dit que cela me permettrait aussi de m’acheter quelque chose à manger ou à porter. Alors, j’ai commencé à sortir avec des hommes. Je n’étais même pas consciente qu’ils faisaient quelque chose d’interdit. Pour moi, c’était normal. Mon amie le faisait, je le faisais.

Tu parles de cybergrooming. Cela consiste à cibler des mineurs sur Internet pour des actes sexuels. Comment as-tu réussi à t’en sortir ?

À l’âge de 15 ans, j’ai été placée dans un foyer pour enfants. J’étais la plus âgée et j’ai appris ce que cela signifiait d’avoir un peu de liberté. Au début, je ne savais pas quoi faire de cette liberté. C’était une période marquante : les règles, c’est quoi ? la liberté, c’est quoi ? J’ai appris que je ne devais pas seulement donner, mais que je pouvais aussi recevoir. Cette période m’a aidé à me développer et à ne pas m’arrêter. Ensuite, j’ai emménagé dans mon premier appartement. Mais j’ai dû déménager rapidement à cause d’une agression. Cela a continué pendant un certain temps.

Qui ou quoi t’a aidée ?

Dans un groupe Facebook, j’ai rencontré une conseillère du service de protection des victimes. Elle était naturopathe et me comprenait. C’est grâce à elle que j’ai réalisé que j’étais en danger. Car les hommes me poursuivaient. Une situation mettait effectivement ta vie en danger. J’ai donc dû quitter l’endroit où je vivais à l’époque et je suis allée à Berlin. Pendant deux ou trois ans, j’ai été en contact avec cette femme. Grâce à elle, j’ai réalisé à quel point les auteurs de violence avaient du pouvoir sur moi. À un moment donné, j’ai pris la décision de retrouver ma joie de vivre.

Tu parles aussi de ton histoire sur les médias sociaux. Quel est ton objectif ?

Je parle de la violence sexuelle et du cybergrooming parce que je veux leur donner plus de visibilité. Je veux montrer ce qui peut arriver et à quelle vitesse. Je le fais surtout pour celles et ceux qui n’ont pas réussi à s’en sortir et dont l’âme est brisée. Je le fais pour montrer aux personnes touchées à quel point il est important de croire en soi. Même si parfois on n’en a pas l’impression, je peux vous le dire : votre objectif n’est souvent pas si loin. Je suis à la moitié de mon parcours de guérison. Je n’ai pas encore terminé, mais je suis sur la bonne voie. Mon souhait est que d’autres personnes touchées voient comment je fais mon chemin et qu’elles trouvent ainsi leur propre chemin. Je veux leur montrer qu’elles ne sont pas seules. Qu’elles ne sont pas obligées de se cacher. Que les auteurs de violence n’ont pas de pouvoir sur elles. Avec moi comme modèle, le chemin sera peut-être plus facile. 

« Je veux donner plus de visibilité aux violences sexuelles et au cybergrooming. Je veux montrer ce qui peut arriver et à quelle vitesse. Je le fais surtout pour celles et ceux qui n’ont pas réussi à s’en sortir et dont l’âme est brisée. »

Qu’est-ce qui te donne la force de suivre ce chemin ?

Les personnes touchées me donnent de la force. Combien de personnes j’ai déjà pu atteindre ! Après un reportage, j’ai gagné plus de 1000 nouveaux followers en une semaine. Beaucoup m’admirent et ont du respect pour le fait que j’en parle. Ils se confient à moi et me racontent leurs propres histoires. Mais ça me donne aussi de la force. Quand je ne suis pas en forme, je me demande : est-ce que je reste au lit ou est-ce que je me bats pour reprendre la journée ? Mon chien Melly, dont je dois m’occuper tous les jours, m’aide aussi. Mais mon système d’aide me donne aussi de la force. J’ai tellement de personnes qui m’aident et qui me conseillent.

Qu’est-ce qui te donne du courage ?

Je pense qu’il est important d’avoir régulièrement une « crise de courage » (rires). Il faut avoir des moments de folie et de courage. Rire, vivre et être attentif, voilà ce que je trouve important. Je suis là et je vis l’instant présent. Nous devons prendre soin de nous, car nous n’avons qu’une vie. Je ne crois pas en Dieu, mais je crois en la vie. C’est ce que je conseille aussi aux autres personnes touchées : elles ne doivent jamais cesser de croire en elles-mêmes et en la vie.

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